Provisions sur retours : simulations

👉🏻 Tout d’abord, pour comprendre en quoi consiste le système de la provisions sur retours, suivre ce lien.

👉🏻 Les simulations ci-dessous ont été réalisées en tenant compte de ces faits : 
TAUX : En moyenne, les retours sont de l’ordre de 18%. C’est donc ce taux qui sera utilisé dans les simulations suivantes.

Taux de retours en 2022

DURÉE : Les librairies ont censément de 2 mois à 1 an pour pouvoir retourner un livre après réception. En réalité beaucoup de distributeurs font preuve de davantage de souplesse, mais surtout pour les livres pratiques et de loisirs. Pour les livres de fiction, on observe au contraire une diminution de la durée possible des retours, ce sera donc bien cette donnée, correspondant à une moyenne crédible, qui sera utilisée dans les simulations suivantes, avec des retours globaux s’étalant donc sur 10 mois, à partir de 2 mois après parution de l’ouvrage (= envoi de l’office)
RÉASSORT ? En cas de réassort, il n’y a pas de retour possible, donc la pratique de la provision n’a pas lieu de se renouveler. Source : le SNE (« Le réassort est un achat en compte ferme sans faculté de retour »).
REMISE EN PLACE SIGNIFICATIVE ? Si l’éditeur décide d’une remise en place significative, alors un avenant pourra être signé pour une nouvelle provision sur les redditions de comptes suivant cette nouvelle mise en place, car cela redéclenchera le système de l’office et des retours.
Les auteurs et autrices sont payées entre 4 à 6 mois après la fin des comptes en cas de reddition annuelle (le CPI interdit que cela excède 6 mois suivant l’article L132-17-3-1). En cas de redditions semestrielles, c’est de l’ordre de 3 mois.

Simulations en cas de reddition annuelle, avec totalité des retours possibles jusqu’à pas plus d’1 an après parution (ventes du 01/01 au 31/12 an N avec une reddition de comptes fin juin de l’an N+1)

– Un livre est paru le 30 janvier 2023.
– La mise en place (ou l’office) a été de 5000 exemplaires. Cela signifie que les libraires ont payé ces 5000 livres à l’éditeur. Ils ont aussi payé les frais d’envoi au distributeur.
– Les retours globaux seront d’environ 18% sur l’année à venir = 5000×18% = 900 exemplaires. Chaque livre retourné sera remboursé par l’éditeur à la librairie (souvent, sous la forme d’un avoir).
– Ces retours ont commencé le 30 mars. De cette date à fin décembre (9 mois), on peut estimer que 9/10 des retours globaux du livre seront effectués = 900×9/10 = 810 exemplaires. C’est la librairie qui paye les frais de retour au distributeur.
Le 31 décembre 2023, les comptes s’arrêtent. Les comptables des maisons d’édition prennent en compte ces retours déjà effectués. 
Fin juin 2024, la reddition de comptes correspondant aux ventes faites sur 2023 est envoyée à l’auteurice, et les sous qui vont avec. Il ou elle perçoit donc l’argent des 5000 bouquins mis en place – les 810 retournés. Il ou elle est donc payée sur 4190 exemplaires (un an et demie après parution).
– Seulement, de début janvier 2024 à fin janvier 2024, le reste des retours a été fait (et il ne peut plus y en avoir, après). Ces retours sont d’environ 90 exemplaires. L’éditeur a dû rembourser 90 exemplaires aux librairies, mais il va devoir quand même les payer à l’auteurice en juin. Il se dit que ce n’est pas normal – sans songer que lui, au moins, a perçu des sous depuis la parution, mais que l’auteurice n’a en attendant perçu aucune redevance en dehors de l’à-valoir. Donc, pour ne rien avoir à avancer à l’auteurice (en plus de l’à-valoir, sinon de son point de vue ça fait beaucoup), il applique la fameuse « provision sur retour ». Dans le cas de ce livre paru en juin dernier, elle ne devrait pas dépasser 1,5% (petit produit en croix : 100×90/5000). Et bien sûr cette provision n’aura pas à s’appliquer sur les redditions de compte suivantes.
Dans le cas d’un ouvrage paru en début d’année, et avec des retours possibles pas plus d’un an après parution, on peut donc vraiment se demander si la provision sur retour a du sens…

– Un livre est paru le 30 juin 2023.
– La mise en place (ou l’office) a été de 5000 exemplaires. Cela signifie que les libraires ont payé ces 5000 livres à l’éditeur. Ils ont aussi payé les frais d’envoi au distributeur.
– Les retours globaux seront d’environ 18% sur l’année à venir = 5000×18% = 900 exemplaires. Chaque livre retourné sera remboursé par l’éditeur à la librairie (souvent, sous la forme d’un avoir).
– Ces retours ont commencé le 30 août. De septembre à décembre (4 mois), on peut estimer que 4/10 ou 2/5 des retours globaux du livre seront effectués = 900×2/5 = 360 exemplaires. C’est la librairie qui paye les frais de retour au distributeur.
Le 31 décembre 2023, les comptes s’arrêtent. Les comptables des maisons d’édition prennent en compte ces retours déjà effectués. 
En juin 2024, la reddition de comptes est envoyée à l’auteurice, et les sous qui vont avec. Il ou elle perçoit donc l’argent des 5000 bouquins mis en place – les 360 retournés. Il ou elle est donc payée sur 4640 exemplaires (un an après parution).
– Seulement, de janvier 2024 à juin 2024, le reste des retours a été fait (et il ne peut plus y en avoir, après). Ces retours sont d’environ 540 exemplaires. L’éditeur a dû rembourser 540 exemplaires aux librairies, mais il va devoir quand même les payer à l’auteurice en juin. Donc, pour ne rien avoir à avancer à l’auteurice, il applique la fameuse « provision sur retour ». Dans le cas de ce livre paru en juin dernier, si les retours ne sont pas possibles plus d’un an après parution, elle ne devrait pas dépasser 10,8% (petit produit en croix : 100×540/5000).

– Un livre est paru le 30 novembre 2023.
– La mise en place (ou l’office) a été de 5000 exemplaires. Cela signifie que les libraires ont payé ces 5000 livres à l’éditeur. Ils ont aussi payé les frais d’envoi au distributeur.
– Les retours globaux seront d’environ 18% sur l’année à venir = 5000×18% = 900 exemplaires. Chaque livre retourné sera remboursé par l’éditeur à la librairie (souvent, sous la forme d’un avoir).
– Ces retours commenceront le 30 janvier 2024. Ils s’étaleront jusqu’au 30 novembre 2024. 
Le 31 décembre 2023, les comptes s’arrêtent. Aucun retour n’a pu encore être fait.
En juin 2024, la reddition de comptes est envoyée à l’auteurice, et les sous qui vont avec. Il ou elle perçoit donc l’argent des 5000 bouquins mis en place.
– Seulement, de janvier à juin 2024, 6/10 des retours ont été faits. Ces retours sont d’environ 540 exemplaires. L’éditeur a dû rembourser 540 exemplaires aux librairies, mais il va devoir quand même les payer à l’auteurice en juin. Il a 2 solutions : soit il applique la première année une provision de 10,8% correspondant à ces 540 exemplaires, puis la deuxième une provision pour les 360 retours restants, donc de 7,2%, OU BIEN, pour être tranquille il applique sur la 1ere reddition une provision qui correspond à la totalité des retours de l’année. La provision ne devrait alors pas excéder 18% (la totalité des retours d’un ouvrage, en moyenne). Et bien entendu, si les retours ne sont pas possibles plus d’un an après parution, elle ne devra plus s’appliquer sur les redditions de compte suivantes.

Conclusion :
En cas de reddition annuelle, si les retours ne sont possibles que pendant 1 an après parution, la provision sur retours ne devrait pas s’appliquer sur plus d’une reddition de comptes.
– Pour un livre paru en début d’année, elle ne devrait alors pas excéder 2%.
– Pour un livre paru en milieu d’année, elle ne devrait pas excéder 12%.
– Pour un livre paru en fin d’année, elle ne devrait pas excéder 20%.
Mais difficile de négocier de telles « subtilités ». Nous vous recommandons d’au moins demander pas plus de 20% de provision, a fortiori si votre livre est paru en début d’année.

Comme les distributeurs sont souvent plus souples et autorisent des retours plus d’1 an après parution, on peut comprendre que la provision soit retenue sur 2 redditions annuelles. Les 18% de retours, en moyenne, s’étalant alors sur 2 ans, l’idéal serait une provision de pas plus de 10% sur chacune des 2 années.
En tout cas peut-on essayer d’obtenir cela :
– pas plus de 20% de provision la 1ere année.
– pas plus de 15% la 2e.

Simulation en cas de reddition semestrielle, avec totalité des retours possibles jusqu’à pas plus d’1 an après parution :
reddition fin janvier N+1 pour les ventes du 01/05 au 31/10 an N ;
reddition fin juillet N+1 pour les ventes du 01/11 an N au 30/04 an N+1
ex : reddition fin janvier 2024 pour les ventes du 01/05 au 31/10 2023 ;
reddition fin juillet 2024 pour les ventes du 01/11 2023 au 30/04 2024.

Un livre est paru le 30 janvier 2023.
– La mise en place (ou l’office) a été de 5000 exemplaires. Cela signifie que les libraires ont payé ces 5000 livres à l’éditeur. Ils ont aussi payé les frais d’envoi au distributeur.
– Les retours globaux seront d’environ 18% sur l’année à venir = 5000×18% = 900 exemplaires. Chaque livre retourné sera remboursé par l’éditeur à la librairie (souvent, sous la forme d’un avoir).
– Ces retours ont commencé le 30 mars 2023. De fin mars au 30/04 2023 (fin des premiers comptes), on peut estimer que 1/10 des retours globaux du livre seront effectués = 90 exemplaires. C’est la librairie qui paye les frais de retour au distributeur.
Le 30 avril 2023, les premiers comptes s’arrêtent. Les comptables des maisons d’édition prennent en compte ces retours déjà effectués (90). 
Fin juillet 2023, 3 mois plus tard, la première reddition de comptes est envoyée à l’auteurice, et les sous qui vont avec. Il ou elle perçoit donc l’argent des 5000 bouquins mis en place – les 90 retournés. Il ou elle est donc payée sur 4910 exemplaires (6 mois après parution).
MAIS sur les 3 mois de la fin des comptes le 30 avril à la reddition de fin juillet, d’autres retours ont été effectués, de l’ordre de 3/10 des retours globaux = 270 exemplaires. Ces retours devront être remboursés par l’éditeur aux librairies, et devront malgré cela être payés aux auteurices. Une provision sur retours peut donc être appliquée qui n’aura pas à excéder 5,4% (petit produit en croix : 100×270/5000).
Fin janvier 2024, la seconde reddition de comptes prend en compte les retours du 01/05 2023 au 31/10 2024 = 6 mois. 6/10 ou 3/5 des retours seront effectués = 540 exemplaires. Mais 270 ont déjà été provisionnés sur la même période du 30 avril à fin juillet, donc dans cette 2e reddition le compte des retours doit être aussi d’environ 270 exemplaires (540-270). Il restera, de fin octobre 2023 (2e arrêt des comptes) à fin janvier 2024 (reddition), 3/10 des retours qui seront faits = toujours 270 exemplaires. La provision peut à nouveau être de 5,4%, dans cette 2e reddition de comptes.
Fin juillet 2024, la troisième reddition de comptes prend en compte les retours du 01/11 2023 au 30/04 2024. Les retours s’effectueront jusqu’au 30/01/24, c’est-à-dire sur encore 3 mois à partir du début de la période (1er novembre). 3/10 des retours seront effectués = 270 exemplaires, et pris en compte dans cette troisième reddition. Mais 270 ont déjà été provisionnés sur la même période de fin octobre à fin janvier, sur la dernière reddition de comptes, il n’y a donc pas lieu d’appliquer une provision sur cette 3e reddition de comptes.

Conclusion :
En cas de redditions semestrielles, la trésorerie est beaucoup plus proche des ventes et retours réels, on peut donc se demander si la pratique de la provision sur retour a du sens.
Si elle s’applique tout de même, et que les retours ne sont possibles que pendant 1 an, elle ne devrait pas dépasser 6%, sur les 2 premières redditions.

Cependant, comme les distributeurs sont parfois plus souples et autorisent des retours plus d’1 an après parution, on peut comprendre que la provision soit retenue sur 4 redditions annuelles. Mais elle ne devrait être alors que de 3% !
On peut alors essayer de négocier dans tous les cas 6%, en tout cas pas plus de 10% de provision sur ces 4 redditions.
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